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Idées
Les plus modestes se retirent du jeu démocratique

Participation électorale en 2002 et niveau de diplôme, à "âge contrôlé" (1)
Taux de Participation Absentionnistes systématiques
Aucun diplôme 62 20
Certificat d’études primaire 68 16
BEPC, brevet élémentaire, brevet des collèges 72 11
CAP 69 13
BEP 71 13
Baccalauréat général 75 10
Baccalauréat technique ou professionnel 75 9
Brevet professionnel ou de technicien 1er cycle universitaire, BTS, DUT 77 8
Profession sociale ou de la santé, 2e ou 3e cycle universitaire grande école 80 9
Source : Insee, enquête sur la participation électorale en 2002

(1) Les résultats à âge contrôlé décrivent le comportement d’une catégorie de la population des inscrits qui aurait une structure par âge égale à celle de la moyenne des inscrits.

La vie démocratique perd de son intensité, car les citoyens participent de moins en moins aux élections (entre 1995 et 2002, le taux moyen de participation à tous les scrutins a baissé de 5 points, par exemple, et ce phénomène touche toutes les catégories d’âge), on le sait. Il est en revanche moins connu que les inégalités sociales troublent directement le fonctionnement de notre démocratie : en France, les personnes les plus modestes se retirent du jeu politique. La corrélation est flagrante : moins on a de diplôme, moins on participe aux élections. Les effets d’âge corrigés, ceux qui n’ont pas fait du tout d’études votent à 62 %, contre 80 % pour les diplômés d’études supérieures. Dans le même sens, les chômeurs et les salariés les plus précaires (en CDD, interim, etc.) ont nettement moins voté aux élections présidentielles et législatives de 2002 que les personnes en contrat à durée indéterminée. Les ouvriers non qualifiés et les employés de commerce participent à 63 % des scrutins, contre 80 % pour les agriculteurs exploitants, professions libérales, cadres de la fonction publique, et professions intellectuelles et artistiques.

Plus grave, ces personnes ne se contentent pas de rater un scrutin de temps en temps : elle s’abstiennent systématiquement. 20 % des non-diplômés ont ainsi abandonné le premier de leurs droits de citoyens, contre 5 % des diplômés du supérieur. Que nous disent-elles, en se plaçant ainsi au ban de la vie démocratique ? Ne serait-ce pas une manière de manifester contre la cécité des élites, qui ont fermé les yeux devant les inégalités croissantes dont elles sont victimes ? Et contre des politiques, qui ont oublié de se faire leur porte-parole ? En tout cas, ces données sont incontournables pour méditer sur le séisme du 21 avril 2002.