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Idées
Refonder la solidarité
Philippe Van Parijs, Paris, Éd. du Cerf, « Humanités », 108 p., 1999.

Philippe Van Parijs est un auteur bien connu des lecteurs que préoccupent les questions de justice sociale. Son œuvre déjà abondante, qui relève de ce qu’il appelle « l’éthique économique et sociale », est à la fois celle d’un théoricien inventif et rigoureux et d’un militant engagé. Dans Refonder la solidarité - ouvrage que l’on doit lire comme un prolongement de Sauver la solidarité, paru en 1995 chez le même éditeur -, Philippe Van Parijs affirme la nécessité de repenser les principes sur lesquels se fondent les institutions de la solidarité. Bien loin de chercher à destituer l’État-providence, il nous propose d’examiner la pluralité des formes que peut revêtir celui-ci et de considérer la pertinence de celle qui lui paraît le mieux à même de relever les nouveaux défis des inégalités et de l’injustice sociale.

L’analyse qu’il avance est étroitement liée à sa défense de l’idée d’allocation universelle. Elle le conduit en effet à établir que l’impératif d’équité qu’il mobilise à ce titre est précisément ce qui lui permet de déplacer la conception encore dominante de l’État-providence. Par ce biais, il entend libérer ce dernier d’un principe de justification strictement assuranciel (contre le modèle dit bismarckien) tout en le portant au-delà des limites que pose le principe de solidarité, en vertu duquel les transferts sociaux ne devraient bénéficier qu’à ceux qui ne « parviennent pas à s’en sortir par eux-mêmes ». La justification des transferts sociaux se pense donc désormais, à proprement parler, en termes d’équité ; c’est-à-dire que ces transferts répondent simplement au « souci de donner à chacun une part égale de notre patrimoine commun ». Philippe Van Parijs prolonge ensuite cette analyse par une réflexion double portant, d’une part, sur la question de la prise en charge des soins de santé et, d’autre part, sur celle de la solidarité entre les générations et des régimes de retraite. Là encore, l’auteur s’attache à souligner ce qui lui paraît être les limites du paradigme assuranciel. Il lui oppose les exigences d’une « solidarité forte », non seulement à l’égard de ceux dont les besoins en matière de santé seront les plus importants mais aussi à l’égard de ceux dont les revenus sont moins élevés.

De ce point de vue, Philippe Van Parijs attire notre attention sur le caractère inéquitable d’un système de santé qui, se structurant selon un régime à deux vitesses, permettrait à certains, et non à d’autres, de bénéficier des techniques thérapeutiques les plus avancées et des soins les plus compétents. Partisan d’un système unitaire, l’auteur en tire la conclusion qu’il faut admettre « que certains d’entre nous auront une vie plus courte que celle qu’ils auraient eue s’ils avaient pu user à leur guise de leurs plus amples ressources ». Le politique rejoint ici l’éthique en pointant la nécessité devant laquelle nous nous trouverions, pour des raisons d’équité, de « réapprendre à mourir ». Dans le cadre de sa réflexion sur les retraites, Philippe Van Parijs cherche à clarifier les principes d’une politique équitable à l’égard de ceux qui appartiennent à la génération du Baby bust ; ceux dont on attend qu’ils financent les pensions de leurs parents à hauteur des pensions que ceux-ci pouvaient relativement aisément assurer aux leurs, dans un contexte politique marqué par l’influence numérique croissante des retraités.

L’histoire récente et présente nous rappelle à quel point ces questions sont délicates et requièrent de véritables efforts de réflexion - efforts dont ce bref ouvrage, rigoureux et clair, est une remarquable illustration.

-  Sur le site de l’éditeur