La montée des inégalités et la cécité des gouvernements à leur égard est un élément majeur pour comprendre la montée des tensions sociales, le rejet du politique par les catégories populaires et en particulier l’essor de l’extrême droite. Nous avons la conviction que notre démocratie est en danger si les déséquilibres actuels persistent, que le 21 avril 2002 n’est pas un accident de l’histoire politique.
Cette cécité résulte de deux phénomènes :
1- Le décalage entre la société française et la perception qu’en ont la majorité des partis politiques. Cet écart est accru par l’insuffisance des données et l’absence d’intérêt des médias. D’où l’étonnement des catégories favorisées devant la réalité des chiffres. La moitié des ménages a bien un revenu inférieur à 1 700 euros par mois (11 000 francs) et 70 % des actifs ont bien un niveau de diplôme qui atteint au maximum le BEP.
2- Dans le même temps, toute une partie aisée de la société refuse d’admettre ses privilèges et reporte sur d’autres couches sociales l’effort à fournir. Dans des sociétés marchandes, l’argent demeure le nerf de la guerre et les fortunes de quelques uns sont offensantes. Mais il faut aussi admettre qu’à côté de l’argent, le diplôme joue un rôle croissant dans la reproduction des inégalités. Que les privilégiés d’aujourd’hui sont aussi ceux qui disposent d’un titre scolaire, même si beaucoup d’entre eux refusent de le reconnaître. Pour combattre réellement les inégalités, la solidarité ne peut se limiter à "taxer les riches", mais doit intégrer les privilèges culturels, si l’on veut réellement sortir notre démocratie de l’ornière dans laquelle elle se trouve.