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Revenus, niveau de vie, patrimoine
Les niveaux de vie

Niveau de vie mensuel, après impôts et prestations sociales
Personnes seules Euros Francs
10 % ont moins de 650 4264
20 % ont moins de 800 5248
30 % ont moins de 920 6035,2
40 % ont moins de 1040 6822,4
50 % ont moins de 1160 7609,6
60 % ont moins de 1300 8528
70 % ont moins de 1460 9577,6
80 % ont moins de 1700 11152
90 % ont moins de 2130 13972,8
95 % ont moins de 2620 17187,2
99 % ont moins de 4070 26699,2
Familles avec deux enfants de moins de 14 ans Euros Francs
10 % ont moins de 1365 8954
20 % ont moins de 1680 11021
30 % ont moins de 1932 12674
40 % ont moins de 2184 14327
50 % ont moins de 2436 15980
60 % ont moins de 2730 17909
70 % ont moins de 3066 20113
80 % ont moins de 3570 23419
90 % ont moins de 4473 29343
95 % ont moins de 5502 36093
99 % ont moins de 8547 56068
Source : Insee, données de l'enquête revenus fiscaux 2000. Hors revenus du patrimoine

Les revenus des ménages sont bien moins élevés que ne le pensent la plupart de ceux qui se trouvent dans les tranches supérieures, quelles que soient leurs appartenances politiques. Ainsi, le niveau de vie médian [1] est de 1160 Euros (7609 F), hors revenus du patrimoine il est vrai. Avec 2 130 euros (13 972 F) on entre dans la tranche des 10 % les plus aisés : peut-on réellement appartenir aux "classes moyennes" ? Si oui, tout le monde ou presque est "moyen" et la notion de hiérarchie sociale n'existe plus.

[1] la médianne est la valeur pour laquelle autant de personnes gagnent moins et autant gagnent plus

Les salaires par catégories sociales

Salaires nets pour
un temps complet
(secteur privé)
Euros Francs
Ensemble 1 703 11 171
Cadres 3 280 21 516
Professions intermédiaires 1 766 11 584
Employés 1 238 8 117
Ouvriers 1 247 8 180
Hommes 1 828 11 991
Cadres 3 495 22 925
Professions intermédiaires 1 865 12 234
Employés 1 314 8 622
Ouvriers 1 283 8 413
Femmes 1 462 9 590
Cadres 2 641 17 325
Professions intermédiaires 1 608 10 543
Employés 1 202 7 881
Ouvriers 1 045 6 855
SMIC 842 5 523
Insee, données 2000

En moyenne les cadres supérieurs (avec 3280 euros) touchent 2,6 fois plus que les ouvriers (1250 euros). L'écart entre catégories sociales est considérable, mais les données de l'Insee tendent à le minimiser très nettement, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, ce salaire ne comprend pas l'ensemble des avantages financiers des salariés (les stock options, par exemple) [1]. Ensuite, il ne tient pas compte de l'ancienneté : or les cadres sont en moyenne plus jeunes que les ouvriers, ce qui signifie qu'à âge équivalent, l'écart serait accru. Enfin, il ne tient pas compte du temps partiel et tend à surestimer le revenu salarial réel des femmes, beaucoup plus nombreuses à être dans ce cas. Au passage, on notera la proximité de ressources entre les ouvriers et employés, deux catégories qui constituent 60 % des actifs, le socle des catégories populaires et une part des classes moyennes.

[1] Stock option : action de l'entreprise vendue au salarié avec un rabais qui lui permet éventuellement au moment de la revente de toucher une forte plus-value

L'inégalité des revenus mondiaux

  Pib par habitant (dollars) Variation 2000-2001 Indice 100 pour la moyenne mondiale
Monde 5120 - 0,2 100
Pays à haut revenus 26510 0 518
Europe* 20670 0,9 404
Amérique latine et Caraïbes 3580 -1,1 70
Moyen Orient et Afrique du Nord 2220 1 43
Europe de l'Est et Asie centrale 1970 2,3 38
Aise de l'Est et Pacifique 900 1,5 18
Afrique Sub-saharienne 460 0,7 9
Aise du Sud 450 3,1 9
Pays à bas revenus 430 2,8 8
Source : Banque mondiale

Le niveau de vie par habitant des pays à hauts revenus (26 500 dollars par an) est cinq fois plus élevé que la moyenne mondiale (5120 dollars) et 62 fois supérieur aux ressources des habitants des pays les plus pauvres (430 dollars), d'après le rapport sur les indicateurs du développement de la Banque mondiale.

Les pays d'Asie du Sud et d'Europe centrale rattrapent un peu leur retard : en 2001, ils ont enregistré une croissance de 3,1 % et 4,5 % de leur Pib par habitant. Rattrapage qui demeure trop lent : au rythme actuel de croissance, l'Asie du Sud n'atteindrait le niveau de vie mondial moyen d'aujourd'hui que dans 80 ans et celui des pays riches dans 140 ans…

De leur côté, l'Afrique sub-saharienne stagne et l'Amérique Latine recule (-1,1 % en 2001). L'évolution de la conjoncture en 2002 et dans les premiers mois de 2003 ne laisse pas apparaître de retournement substantiel. Conséquence : les inégalités mondiales s'accroissent. Au cours de la décennie 1990, le pourcentage de personnes mal-nourries a augmenté en Afrique sub-saharienne et la part de ceux qui vont à l'école primaire a stagné.

Sans doute, comme l'affirment les experts de la Banque mondiale, l'objectif des nations unies de diviser par deux le nombre de personnes vivant dans la pauvreté « peut » être atteint d'ici 2015 alors que ce chiffre avait stagné au cours des années 90. Mais pour cela, il faudrait d'autres moyens que ceux utilisés actuellement.

Des revenus bien mal partagés

Revenu annuel moyen des ménages, en euros, selon les déciles et part du décile dans le revenu total
  Limite supérieure du décile Revenu moyen déclaré du décile % de la masse totale
1 er décile 7 304 3 845 2
2 ème décile 11 091 9 318 4
3 ème décile 14 099 12 601 5
4 ème décile 17 219 15 640 6
5 ème décile 20 631 18 863 7
6 ème décile 24 653 22 579 9
7ème décile 29 361 26 904 11
8ème décile 35 757 32 324 13
9ème décile 46 642 40 548 16
10ème décile   69 930 28
Source : Insee, revenus fiscaux 1999, hors revenus du patrimoine
Un décile=10 % de la population

La distribution des revenus dans notre société est loin d'être égalitaire. Les 10 % les moins bien lotis ne perçoivent que 2 % de la masse totale des revenus et les 10 % les mieux lotis en reçoivent 28 %. Au total, les 4 dixièmes de la population aux revenus les plus bas ne touchent que 16 % de l'ensemble des revenus. Ce tableau ne prend pas en compte la fiscalité : il s'agit de revenus déclarés au fisc et non des niveaux de vie (après impôts et prestations sociales). Mais intégrer les prélèvements ne change pas radicalement la donne. D'après l'Insee, le dixième le moins bien lotis perçoit alors 3 % de l'ensemble et le dixième le mieux loti 24 %. Il ne prend pas non plus en compte l'ensemble des revenus du patrimoine, qui s'accroissent quand on s'élève dans la hiérarchie des niveaux de vie.

Patrimoine, l'inégalité par excellence

La concentration du patrimoine
Part du patrimoine détenu par %
Les 3 % les plus riches27 %
Les 5 % les plus riches34 %
Les 10 % les plus riches46 %
Les 25 % les plus riches69 %
Les 50 % les plus riches*91 %
Source : Insee, données 2000
* Les 50 % les moins riches ne possèdent donc que 9 % du patrimoine

Les 10 % les plus fortunés disposent de 46 % de l'ensemble de la richesse du pays, les 50 % les moins fortunés, en possèdent moins de 10 %... L'inégalité des patrimoines est encore plus accuentuée que celle des revenus : logique, il s'agit de revenus accumulés dans le temps. Contrairement à une idée répandue, patrimoine et revenus vont globalement ensemble, même si, à catégorie sociale équivalente, le fait de posséder ou non son logement modifie le niveau de vie réel.

Ces énormes inégalités sont à la source même de la reproduction sociale, et pourtant le sujet de la redistribution des cartes via l'impôt sur l'héritage est un tabou en France. Alors que l'"équité" fait couler beaucoup d'encre, le législateur refuse de toucher au droit des successions qui permettrait de rebattre les cartes au fil des générations. Le débat se focalise sur l'ISF.

Des générations moins bien payées

En 1975, les salariés de cinquante ans gagnaient en moyenne 15 % de plus que les salariés de trente ans, les classes d'âge adultes vivant alors sur un pied d'égalité. Aujourd'hui, l'écart est de 40 %. En 1977, les salariés de 30 à 34 ans gagnaient 1,5 % de moins que la moyenne des salariés... 10 % de moins en 2000.

Chômage aidant, les fruits de la croissance économique, ralentie depuis 1975, ont été réservés aux plus de 45 ans. La lecture générationnelle permet de comprendre que les jeunes valorisés d'hier sont devenus les seniors favorisés d'aujourd'hui, par l'ancienneté. Les jeunes d'aujourd'hui subissent bien davantage que les autres tranches d'âge la pression du manque d'emploi.

Note :
100 = salaire moyen de l'année.

Hommes-femmes : le rattrapage interrompu

Salaire moyen des femmes à temps plein rapporté à celui des hommes, en %
Année % Année %
1951 64,9 1976 69,1
1952 64,6 1977 70,0
1953 64,6 1978 70,6
1954 66,5 1979 72,0
1955 65,4 1980 72,3
1956 64,3 1981 72,7
1957 63,3 1982 73,1
1958 63,6 1983 73,8
1959 63,4 1984 74,2
1960 64,3 1985 74,3
1961 63,9 1986 74,3
1962 64,4 1987 74,1
1963 64,7 1988 74,5
1964 64,1 1989 74,9
1965 64,1 1990 75,1
1966 64,1 1991 75,4
1967 64,6 1992 76,0
1968 66,3 1993 * 78,4
1969 66,6 1994 80,5
1970 66,7 1995 81,3
1971 66,3 1996 81,0
1972 66,6 1997 81,4
1973 66,4 1998 81,6
1974 67,1 1999 81,7
1975 68,4 2000 81,6
Source : Insee. Attention rupture de série en 1994

En 50 ans, les salaires des femmes ont rattrapé une partie de leur retard sur celui des hommes. En 1950, les femmes percevaient en moyenne les deux tiers des salaires masculins, en 2000, elles ont dépassé les 80 %.

Au passage, on notera que le processus s'est effectué pour une bonne part en une dizaine d'année, de 1972 à 1993 et qu'il est bloqué depuis le milieu des années 90 (la série connaît une rupture méthodologique en 1994).

Deux grandes raisons expliquent le rattrapage. Tout d'abord, les discriminations purement liées au sexe (difficiles à mesurer) ont diminué : la généralisation du travail salarié des femmes banalise leur emploi, au moins dans certains secteurs.

Mais surtout, cette diminution résulte de l'égalisation des scolarités qui conduit à une l'élévation du niveau de qualification des femmes. A noter : il s'agit de salaires en équivalents temps plein, et donc pas de " véritables " revenus salariaux des femmes. Prendre en compte le temps partiel, beaucoup plus souvent féminin, ferait nettement diminuer ce rapport.

Ensuite, l'ampleur de l'écart reste considérable : faudra-t-il encore attendre 50 ans pour atteindre une réelle parité ? Les femmes demeurent à l'écart des postes de responsabilité les mieux rémunérés, souvent employées pour les qualités qu'on leur reconnaît comme " naturelles " (les relations sociales, la communication, etc.).

Combien gagnent les P-DG

SociétéSalaire total 2002Années de Smic
Lindsay Owen-JonesL'Oréal6 264 634445
Antoine ZachariasVinci3 043 928216
Daniel BernardCarrefour2 650 436188
Thiery DesmarestTotal2 409 952171
Franck RiboudDanone2 400 000171
Patrick RicardPernod Ricard2 336 606166
Gérard MestralletSuez2 270 602161
Igor LandauAventis2 007 404143
Henri de CastriesAxa1 962 666140
Martin BouyguesBouygues1 924 620137
Source : Capital, octobre 2003

En 2002, le patron de L'Oréal a touché quatre siècles et demi de salaire d'un smicard. L'exercice de reponsabilités importantes peut-il justifier un écart aussi considérable ? Certes, il doit payer des impôts, mais ces données ne tiennent pas compte de plus values réalisées par ailleurs (via les stock-options notamment) et les nombreux avantages en nature fournis par l'entreprise.

"L'économie des inégalités"
Thomas Piketty, coll. Repères, éd. La Découverte, 128 p., 2001. Une synthèse sur les inégalités de revenus.
15 ans de stagnation des inégalités

Rapport entre le niveau de vie des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres (après impôts et prestations sociales, hors revenus du patrimoine)
1970 1975 1979 1984 1990 1997 1999
4,8 4,3 3,8 3,5 3,4 3,4 3,3
Source : Insee, enquêtes revenus fiscaux

Après une période faste dans les années 70, depuis le milieu des années 80, les inégalités de niveau de vie ont cessé de se réduire. Et encore, les données disponibles en France minimisent les inégalités, notamment car elles ne prennent pas en compte l'ensemble des revenus du patrimoine et qu'elles ne concernent pas les véritables sommets de la hiérarchie des niveaux de vie (le 1 ou 2 % des plus aisés). Dans les années récentes il y a de grandes chances pour que l'on ait assisté à une remontée des disparités compte tenu de l'évolution des revenus financiers, même si les marchés d'actions sont devenus moins rentables.