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L’égalité ou l’équité ? Dominique Schnapper rappelle que la Révolution de 1789 ne consacra pas seulement l’égalité de tous devant la loi : dès la décennie suivante est posée clairement la question d’une égalité réelle, et non pas simplement formelle, des citoyens. Dès lors va se jouer la tension paradoxale de la démocratie française : d’un côté, une citoyenneté conçue comme un moyen de transcender les enracinements identitaires, de l’autre, la dynamique de la démocratie providentielle recherchant de manière prioritaire une égalité réelle des citoyens au prix d’une multiplication de mesures spécifiant les groupes auxquels elles s’adressent. Mais « peut-on vraiment prendre en compte les besoins particuliers d’une population particulière et assurer l’égalité de tous les individus devant l’Etat-providence ? » s’interroge Dominique Schnapper qui cite le nombre sans cesse croissant de mesures prises par le Welfare State. L’exercice de correction permanente de l’égalité formelle a ceci de pernicieux qu’il crée des catégories de plus en plus nombreuses et de plus en plus étroites d’ayants droit, tout en ne faisant qu’accroître l’« impatience » générale devant les limites qu’il fixe. Le grand écart permanent entre le particulier et l’universel risque, selon elle, de devenir intenable, ou bien d’aboutir au sacrifice de l’égalité républicaine sur l’autel de l’équité. C’est déjà en partie le cas : l’Etat providentiel en mettant en oeuvre des politiques de discrimination positive, par exemple à l’égard des femmes avec une parité imposée par la loi, tend à substituer l’équité à l’égalité. Quant aux droits culturels ou ethniques, s’inquiète Dominique Schnapper, jusqu’où faudra-il laisser s’emballer la logique de la différenciation ? Faudra-t-il également accepter de voir la citoyenneté se détacher de la nationalité, comme semble y mener l’extension virtuelle des droits civiques aux étrangers résidants en France ? Sans pour autant défendre une idéologie « républicaniste », puisqu’elle admet que la coïncidence entre la nation et la citoyenneté puisse n’être qu’un moment de l’histoire démocratique, la sociologue et membre du Conseil constitutionnel ne cache pas pour autant ses doutes sur les chances réelles de succès de la construction de l’« espace public européen » souhaitée par des philosophes comme Jürgen Habermas ou Jean-Marc Ferry pour offrir une nouvelle transcendance susceptible de contrer les effets pervers de la démocratie providentielle. Contre les communautariens et les libéraux, elle prend finalement la défense d’une forme éclairée de souverainisme dans lequel s’exercerait l’idéal de la « communauté des citoyens », objet de son précédent ouvrage de 1994.


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