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Martha Nussbaum et Amartya Sen (éd.), Oxford, Clarendon Press, 453 p., 1993.

Martha Nussbaum et Amartya Sen, la philosophe et l’économiste, ont joint leur effort pour rassembler, en une passionnante étude, tout une série de contributions, proposées par d’éminents universitaires (Charles Taylor, Derek Parfit, Julia Annas, Thomas Scanlon, Michael Walzer, Onora O’Neill, etc.) et consacrées à la notion de « qualité de vie ».

Lorsque l’on s’interroge sur le bien-être d’une nation, on peut être tentés de recourir à des indicateurs tels que le Produit National Brut. On réalisera cependant, rapidement, que cette donnée n’indique en rien quelle est la qualité de vie dont jouissent les membres de cette nation. On peut alors se dire qu’il faudrait savoir en outre quelle est au juste la répartition de la richesse produite au sein de cette nation. C’est en effet crucial, mais, là encore, est-ce bien suffisant ? Les auteurs ont estimé qu’il n’en était rien. Ils se sont donc proposés d’aller plus loin encore, pour réfléchir à ce qui fait qu’une vie puisse nous paraître comme étant « de qualité », ou pour le dire autrement : ce qui fait la qualité d’une vie. Les réponses variées et riches qu’ils apportent à cette question, les discussions auxquelles donnent lieu ces réponses, contribuent à nous éclairer magistralement sur ce point, tout en nous donnant par là même les moyens d’aborder la question des inégalités sous un angle nouveau. Il est donc question, dans cet ouvrage, de l’espérance de vie, des soins de santé, d’éducation, de la législation sociale, des droits politiques et civils, de la structure et de la nature des relations familiales, des conditions qui, de manière générale, permettent à un être humain de s’épanouir, de réaliser pleinement ses potentialités.

Les auteurs se proposent autrement dit de contribuer, par leurs analyses et leurs réflexions, à l’élaboration d’une « description riche et complexe de ce que les individus ont la capacité de faire et d’être », tout en s’attachant à tenir compte de la difficulté qu’il y a à mesurer, apprécier et comparer de tels éléments. L’ouvrage se distribue en quatre parties. Dans la première partie - construite à partir d’une discussion stimulante de l’article justement célèbre d’Amartya Sen, « Égalité de quoi ? », proposée par le néo-marxiste analytique, G. A. Cohen, et à laquelle répond une étude de Sen, « capabilité et bien-être » - se déploie une réflexion sur ce problème général des critères permettant d’évaluer la qualité de la vie. Parce que l’ouvrage entend poser le problème dans toute sa radicalité, il se devait de réfléchir en outre aux questions de méthode que ne manque pas de susciter une telle ambition. En conséquence, il porte, dans sa seconde partie, sur l’origine des normes en vertu desquelles s’établissent de tels critères. C’est l’occasion, notamment pour Hilary Putnam ou Michael Walzer, d’aborder le problème du paternalisme ou celui de relativisme culturel. La troisième partie du volume examine la question de savoir si l’identité générique est une variable qu’il faut prendre en considération dans ce type d’enquête. Au-delà, est posé le problème de l’évaluation des politiques publiques et de l’économie du bien-être. The Quality of Life est un ouvrage passionnant qui ne manquera pas de dégager de nouvelles pistes de réflexion pour toute pensée soucieuse d’en découdre sérieusement avec la question des inégalités.


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