Retour au sommaire
Anne Phillips, Polity Press, 159 p., 1999.

Ce livre d’Anne Phillips est passionnant à bien des égards. Féministe de premier plan, elle fut également l’auteure, en 1995, d’un ouvrage très remarqué, The Politics of Presence, dans lequel elle étudiait l’évolution de la question de la représentation politique qui se trouvait alors marquée par une préoccupation nouvelle pour l’identité des représentants (homme ou femme, appartenant à telle ou telle minorité visible, etc.) plutôt que par la nature des idées et intérêts représentés. Dans cet ouvrage de 1995, Anne Phillips se souciait donc prioritairement de questions relatives à l’égalité politique.

Avec Which Equalities Matter ?, son point de vue connaît une évolution très sensible qui paraît signaler une interrogation sur les limites des combats qui furent tout d’abord les siens. L’égalité politique a été au cœur de nombreux débats et de nombreuses législations, et cet état de fait est sans nul doute à porter entre autres au crédit de théoriciens tels qu’Anne Phillips. Mais dans le même temps, l’égalité économique semblait devoir connaître une éclipse toujours plus complète en tant qu’objet central de préoccupation. A cet égard, notre auteur se dit, sans ambiguïté, prête à admettra que l’insistance d’une certaine gauche sur les exigences d’une « politique de la différence » ou de « la reconnaissance », avait pu contribuer, de ce côté de l’échiquier politique, à un divorce progressif entre la question de l’égalité politique et celle de l’égalité économique. C’est cette séparation du politique et de l’économique qui est désormais au cœur de ses travaux. Ouvrage théorique, Which Equalities Matter ? est également inscrit, de l’aveu même de son auteur, dans un contexte politique particulier, celui correspondant à l’avènement, en Angleterre, d’un Parti néo-travailliste prompt à jouer le jeu de l’égalité politique, tout en faisant siens certains des traits du conservatisme économique. Dans The Politics of Presence, Anne Phillips récusait la légitimité de l’alternative que l’on imposait alors entre une logique de la représentation-idées (où la représentation est représentation d’un ensemble d’idées politiques) et une logique de la représentation-miroir conduisant à une essentialisation des identités, pour défendre le principe une « politique de la présence ». Dans ce nouvel ouvrage, Anne Phillips récuse de nouveau une alternative, celle que certains (partisans d’un New Labor) cherchent à imposer entre un parti néo-travailliste prétendument novateur et un ancien parti travailliste qui serait irrémédiablement prisonniers de ses archaïsmes. Son ambition est de montrer qu’il n’est pas de tâche plus urgente que de repenser de concert l’égalité politique et l’égalité économique. Pour ce faire, l’auteur examine l’impact de l’égalité économique sur l’égalité politique, sur un mode qui permet de comprendre sous quelles conditions la recherche d’une égalité, soucieuse de reconnaître la valeur des différences, n’implique aucunement qu’il faille se dispenser d’établir les moyens d’une convergence au niveau des conditions économiques et sociales. Par ses résultats et par le témoignage qu’il constitue, cet ouvrage vigoureux constitue une lecture nécessaire pour toutes celles et tous ceux qui s’intéressent aux politiques de l’égalité.


Sur les mêmes thèmes :