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Jean-Paul Fitoussi et Pierre Rosanvallon, Paris, Éd. du Seuil, coll. « essais », 238 p., 1996.

Sans fatalisme mais avec la volonté fermement affichée de réaffirmer le rôle primordial du politique, Jean-Paul Fitoussi et Pierre Rosanvallon proposent conjointement une réflexion sur la réponse qui, selon eux, pourrait être apportée à l’émergence des formes nouvelles d’inégalités que nous observons (inégalités devant le travail et le salariat, la durée travaillée, l’endettement, les nuisances urbaines, les incivilités, l’évolution de la famille, etc.) - venant ainsi s’ajouter aux inégalités persistantes qui, en France, restent fortes - ainsi qu’à l’irruption d’un type de souffrance sociale inédit qu’ils rattachent à certains développements de l’individualisme. Parfaitement avertis des formes, processus et conséquences de la mutation économique qu’est la mondialisation, ainsi que des limites sur lesquelles vient buter un certain type de régulation économique, ils considèrent toutefois que l’analyse ne saurait en rester là. Situant notre temps sur la brèche qu’annonce une nécessaire transformation de la modernité - dont ils font remonter les prémisses aux années 1970 - ils entendent contribuer, par cet ouvrage, à « reformuler les conditions du lien social et civique à l’âge de l’Europe et de la mondialisation ».

Réflexion sociale, politique et économique, cet ouvrage a le grand mérite de ressaisir tous les éléments constitutifs d’une situation que l’on a trop souvent tendance à penser de manière segmentée. En résultent des analyses fort intéressantes sur la montée en puissance d’une « sensibilité à l’insécurité » (liée, selon les auteurs, non pas tant « à la multiplication de la petite délinquance » qu’à « la généralisation d’un rapport plus fragile et plus incertain aux hommes et aux choses »), sur la formation d’une vaste classe moyenne, « difficile à appréhender », ainsi que d’une « catégorie importante, peut-être même majoritaire, de salariés peu payés et aux conditions de vie difficiles » qui échappe aux analyses.

Ces évolutions ont pour effet de rendre impossible, en l’état actuel de la réflexion, une universalisation des revendications face à des inégalités qui, elles-mêmes, sont difficilement mesurables en raison des évolutions qu’elles connaissent. L’un des intérêts nombreux de l’ouvrage est de situer précisément la question des inégalités, persistances et nouvelles (le plus souvent intracatégorielles), structurelles et dynamiques, dans ce contexte d’ensemble. Difficilement saisissables, parce que la dynamique de l’individualisation porte aussi désormais à ce niveau, les inégalités se multiplient et se cumulent, rendant ainsi particulièrement aigu le besoin de repenser l’égalité et ses critères, ainsi que les modalités d’un « retour de l’État », « gestionnaire précautionneux », mais aussi « producteur d’avenir ». Par sa hauteur de vue et sa capacité à relier entre eux les domaines essentiels de la pensée sociale, cet ouvrage reste une lecture à recommander fortement.


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