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part des actifs occupés n’ayant lu aucun livre en 2002, en %
Agriculteurs 67
Indépendants 43
Cadres 13
Professions 22
Employés 33
Ouvriers 64
Ensemble 36
Source : Insee, données 2002

En 2002, seuls 13 % des cadres n’ont lu aucun livre contre 64 % des ouvriers. L’accès à la lecture est un marqueur social très net, et encore on ne distingue pas ici le type de livres lus. L’importance prise par l’image masque souvent le fait que nos sociétés accordent en réalité une place de plus en plus considérable à la maîtrise du texte, de la lecture à l’écriture. Dans ce domaine, les inégalités se forment dès la petite enfance : on entre ici au coeur des processus de reproduction sociale des catégories sociales. Concrètement, plus on a de livres à la maison, plus on a de chance d’en lire... Et finalement d’en avoir à la maison à l’âge adulte !


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Taux de pratique de quelques activités culturelles
(a pratiqué au moins une fois dans l’année)
  Lecture de livres Musée, exposition ou monument historique Théâtre ou concert
Ensemble 58 45 29
Agriculteur exploitant 31 24 12
Artisan, commerçant, chef d’entreprise 50 41 24
Cadre et profession libérale 84 76 60
Profession intermédiaire 73 61 41
Employé 64 44 25
Ouvrier 33 27 14
Etudiant 80 53 44
Chômeur et inactif 37 29 16
Niveau de vie
1er quartile 46 29 16
2eme quartile 50 37 22
3eme quartile 61 48 32
4eme quartile 76 68 49
Diplôme
Sans diplôme 31 23 12
CEP 46 31 17
CAP BEP 45 39 18
BEPC 68 48 30
Bac 73 57 41
Supérieur 85 72 57
Insee, données 2000

Les pratiques culturelles (livre, cinéma, musée, théâtre, etc.) se sont diffusées au cours des trente dernières années, notamment parce que l’élévation du niveau de diplôme et des niveaux de vie se conjugue avec la croissance de l’offre (bibliothèques, patrimoine culturel, expositions notamment).

De fortes disparités persistent pourtant, d’abord liées au niveau de diplôme : en 2000, 17 % de ceux qui ont au mieux le certificat d’étude sont allés au théâtre ou au concert au moins une fois dans l’année, contre 57 % de ceux qui ont un diplôme supérieur au bac. Un tiers des ouvriers avaient lu au moins un livre et 14 % sont allés au moins une fois au théâtre ou au concert, contre respectivement 84 % et 60 % pour les cadres supérieurs. Et encore les données disponibles restent trop générales : sous le mot « livre », on range aussi bien la dernière bande dessinée d’Astérix qu’un manuel de macroéconomie... Pour la majorité des catégories populaires et moyennes, la principale pratique culturelle et de loisir demeure la télévision.

Taux de départ en vacances 19891999
Agriculteurs exploitants34,044,7
Artisans, commerçants, chefs d’entreprise63,666,9
Cadres et professions intellectuelles supérieures89,288,2
Professions intermédiaires79,878,6
Employés65,962,4
Ouvriers (y.c. ouvriers agricoles)53,449,4
Retraités46,449,2
Autres inactifs45,963,6
Total60,762,0
Source : Insee

A l’approche de chaque vacances scolaires, les médias se font rituellement l’écho des "journées rouges des grands départs" et des "chassés croisés des vacanciers". Quitte à oublier que depuis le début des années 90, la proportion de ceux qui partent en vacances stagne, après avoir augmenté pendant des décennies. La "civilisation des loisirs" est encore lointaine pour les 4 Français sur 10 qui ne quittent pas leur domicile. Et les inégalités d’accès aux vacances se creusent.

Artisans, commerçants et agriculteurs se libèrent de plus en plus de leurs obligations professionnelles pour prendre le large. Le taux plafonne chez les cadres, mais ils partent quasiment tous (90 %). Par contre, la moitié des ouvriers restent toute l’année chez eux, contre 38 % de la population en moyenne. Leur taux de départ a même diminué, de 53,4 à 49,4 % entre 1989 et 1999. Les employés sont dans une situation comparable, de même que les chômeurs.

Les inégalités se retrouvent aussi dans la façon de prendre ses congés : les plus modestes préfèrent les longues vacances estivales (17 à 18 nuitées), principalement dans la famille, alors que les plus aisés partent moins longtemps, mais plus souvent, de référence en circuit, à l’étranger et en hôtel.

Profession du pèreRépartition des enfants de moins de 6 ans vivant avec leurs deux parentsRépartition des enfants de moins de 6 ans vivant avec un seul parent
Ouvriers, employés 54% 72,8%
Cadres, professions intermédiaire 36% 25,5%
Artisans, commerçants, agriculteurs 9,6%1,7%
Source INSEE 2000

Plus de sept enfants de moins de 6 ans sur dix vivant avec un seul parent sont des enfants d’ouvriers et d’employés*, une proportion nettement plus élevée que pour les enfants des mêmes âges vivant avec leurs deux parents (54%). La plus forte proportion de parents seuls parmi les catégories populaires s’explique en partie par des taux ce chômage plus élevés, des conditions de vie plus difficiles en général, qui rendent la vie de couple plus tendue et les ruptures plus fréquentes.

* Ouvriers et employés représentent moins de la moitié des familles avec enfants (quels que soient leur âge).

Individus connectés à Internet à domicile selon la catégorie sociale, en %
CSPToutes connexionsHaut débit
Indépendants217
Cadres6634
Professions intermédiaires5325
Employés3211
Ouvriers218
Total3113
Source : Crédoc, données de juin 2003

L’accès à Internet à domicile est loin d’être généralisé dans notre société, contrairement à ce que font croire les discours ambiants et les références permanentes à la toile comme source d’information. Au total, moins du tiers de la population y avait accès en juin 2003 (dernière donnée disponible). Seulement un cinquième des ouvriers contre les deux-tiers des cadres étaient connectés. Quand au haut-débit, c’est encore l’apanage d’une toute petite minorité.

Plus on est diplômé, plus on est à l’aise avec ce nouveau moyen d’information et d’échange. L’écart est important en matière d’accès, et accroît, par exemple, l’inégalité entre les élèves à qui l’on demande de plus en plus de se servir de cet outil à domicile. Mais, comme le note Fabien Granjon (voir "Comment résorber la fracture numérique"), les inégalités se logent de plus en plus, comme pour le livre, dans l’usage qui est fait de ce nouvel outil.

Taux d’abonnés à une bibliothèque ou médiathèque par catégories sociales
Exploitants agricoles7,7 %
Artisans, commerçants et chefs d’entreprises7,0 %
Cadres15,7 %
Professions intermédiaires11,4 %
Employés8,5 %
Ouvriers6,1 %
Retraités4,2 %
Autres inactifs4,6 %
Ensemble7,6 %
Source : Insee, enquête budget des familles 2000-2001

15,7 % des cadres sont abonnés à une bibliothèque ou une médiathèque contre 8,5 % des employés et 6,1 % des ouvriers, indique l’enquête sur le budget des familles, réalisée par l’Insee au cours de la période 2000-2001. Un écart qui traduit d’abord une proximité beaucoup plus grande à l’écrit des catégories diplômées entre les univers sociaux.

L’exemple des bibliothèques montre une nouvelle fois que les inégalités d’accès à la culture entre catégories sociales résident moins* dans des éléments matériels (niveau de vie, proximité, etc.) que symboliques tels le diplôme, la maîtrise de la langue et de l’écrit ou le milieu familial.

* Excepté pour les personnes vivant en milieu rural.

Taux de fumeurs par catégorie sociale
CSP Hommes 1980 Hommes 2003 Femmes 1980 Femmes 2003
Agriculteurs 33,5 19,5 2,6 5,0
Artisans, commerçants, chefs d’entreprise 44,8 32,9 14,9 22,9
Cadres 45,2 23,8 27,9 20,9
Professions intermédiaires 47,0 38,2 25,7 27,8
Employés 52,3 41,9 23,6 30,7
Ouvriers 55,5 48,5 18,9 30,5
Retraités 34,6 12,9 3,7 4,8
Autres inactifs ND 32,8 ND 18,8
Ensemble 46,9 31,8 16,7 21,7
Insee

La hausse du prix du tabac aurait-elle plus d’impact chez les catégories les plus aisées ? Ouvrières et employées fument davantage qu’il y a vingt ans, contrairement à la tendance générale. Chez les hommes la baisse est beaucoup plus nette chez les cadres, passés de 45,2 % en 1980 à 23,8 % en 2003, que chez les ouvriers, où le taux ne s’est réduit que de 55,5 à 48,5 %. Entre les deux catégories, l’écart est aujourd’hui du simple au double.

Le prix influence les comportements mais ne fait pas tout. Les campagnes n’ont pas le même impact suivant les milieux sociaux et la baisse actuelle masque un accroissement des inégalités entre catégories sociales.

Surface moyenne par personne (actifs)
Catégorie sociale Surface
Agriculteurs exploitants 39,4
Artisans, commerçants, chefs d’entreprise, professions libérales 39,2
Cadres supérieurs (hors professions libérales) 37,3
Professions intermédiaires 33,8
Employés 31,6
Ouvriers qualifiés 27,8
Ouvriers non-qualifiés 26,1
Source : Insee, enquête logement 2002

Les inégalités face au logement sont aisées à comprendre : plus le revenu s’élève, plus on peut se loger confortablement. En moyenne, les ouvriers non-qualifiés disposent de 26 m2 par personne contre 39 m2 chez les artisans et commerçants. Plusieurs paramètres bousculent le lien revenu/confort du logement. Il y a d’abord le lieu d’habitation : les salaires ne suivent pas exactement les prix de l’immobilier et une partie des catégories moyennes est allée chercher en dehors des centres-villes des logements plus confortables (phénomène de péri-ubanisation). L’âge joue aussi : à revenus équivalents, celui qui a pu accumuler et notamment a achevé de rembourser les emprunts liés à l’achat du logement dispose d’un niveau de vie supérieur. Enfin, les politiques publiques compensent pour les plus démunis une partie du coût du logement, pas toujours dans les meilleures conditions d’habitat.

Le départ d’une partie des couches moyennes de l’habitat social a contribué à accroître la ségrégation spatiale et fait du lieu d’habitation une composante de plus en plus marquante de la condition sociale et le choix du logement un facteur de la mobilité sociale (choix des écoles, sociabilité de voisinage, etc.). Si les cités HLM ne sont pas les ghettos souvent décrits, la vie n’y est pas toujours facile : de par la qualité des logements (insonorisation, espaces communs, etc.), leur environnement (transports, commerces, services publics, etc.) et les conflits engendrés au quotidien par la cohabitation de milliers de familles réunies dans un espace étroit. Une vie en tous cas très différente de celle de l’habitat des maisons individuelles.