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Idées
Inégalités : le nouvel âge de l’information
Par Louis Maurin, Observatoire des inégalités

Le lancement cette semaine par le Réseau d’alerte sur les inégalités du site internet du BIP 40 (www.bip40.org), baromètre des inégalités et de la pauvreté, marque une étape symbolique dans l’information citoyenne sur les inégalités. Après l’ouverture du site de l’Observatoire des inégalités en novembre dernier, la France se dote, enfin, d’un nouvel outil d’observation et d’analyse des inégalités. Notre pays souffre en la matière - et plus largement dans le domaine économique et social - d’un déficit considérable (voir notre article « pourquoi si peu de contre-expertise ? ») , alors que les Etats-Unis par exemple, la terre du néo-libéralisme économique, est aussi celle où foisonnent les centres de recherche, de diffusion de l’information en tous genres (voir par exemple www.movingideas.org), autour de la revue « The American Prospect »).

On pourra faire avec raison de nombreux reproches à des initiatives naissantes comme celle du RAI ou de l’Observatoire. Elles souffrent, comme d’autres, des limites des compétences de ceux qui les animent, mais plus qu’ailleurs d’une absence quasi absolue de moyens, qui les contraint à œuvrer à petit pas, souvent de façon artisanale, contrairement à de nombreux centres de recherche publics ou privés. L’Observatoire des inégalités est un organisme qui aujourd’hui fonctionne de façon totalement bénévole, même si les dons de personnes privées lui permettent d’exister sur le plan matériel (ce qui nous permet au passage de leur témoigner de notre extrême gratitude). Cela nous contraint, par exemple, à avancer moins rapidement que nous le voudrions et de ne pas explorer certaines directions... Et pourtant, quitte à faire preuve d’immodestie, il nous arrive d’avoir le sentiment de soutenir la comparaison avec d’autres bien mieux dotés.

Fallait-il pour autant deux sites d’information distincts ? Si le site du RAI est plus récent, nos amis du Réseau d’alerte ont cependant pour eux l’antériorité : il y a déjà plusieurs années qu’ils contribuent à alerter l’opinion sur la gravité de la situation française. Il nous a semblé que les projets étaient cependant assez distincts pour se compléter. Nos champs d’observations et nos analyses, s’ils se recoupent, ne se recouvrent pas totalement, et nos façons d’opérer ne sont pas similaires. Au final, c’est un paysage plus complet de l’injustice en France que l’on pourra tirer de la fréquentation régulière de ces sites auxquels, nous l’espérons, viendront se joindre d’autres initiatives citoyennes.

L’important est bien aujourd’hui de faire évoluer le débat public sur la question des inégalités. De fait, depuis six mois, il semble avoir changé : le chef de l’Etat n’a que les mots "inégalités" et "discriminations" à la bouche. De très nombreux commentateurs ont pris conscience du problème. Malheureusement, hormis quelques mesures comme la mise en place de la faillite civile ou l’élévation du Smic, le bilan de deux années de gouvernement est très largement négatif sur le plan de l’emploi comme des inégalités, largement accentuées par des diminutions d’impôts considérables pour les catégories les plus aisées. Cette politique a été sanctionnée lors des élections de mars dernier et la majorité elle-même en a reconnu les lacunes.

Il n’est jamais trop tard pour bien faire et on ne peut pas exclure que le président de la République accorde un jour ses paroles et ses actes : jugeons aux actes, même si les projets actuels, notamment dans le domaine de l’assurance maladie, ne présagent rien de bon en matière de réduction des inégalités. Cela signifie que le chemin qui reste à faire est immense. En permanence, il nous faut montrer - le plus largement possible du point de vue du spectre politique et du public - combien la situation est grave et que le niveau des inégalités non seulement heurte nos valeurs mais compromet de plus en plus la démocratie, comme l’a dit Jacques Chirac lui-même. Sans se faire trop d’illusions sur l’impact immédiat de telles démarches citoyennes, l’existence du BIP 40 comme de l’Observatoire des inégalités font que les acteurs des politiques publiques d’aujourd’hui comme de demain, en tous cas, ne pourront plus justifier leurs erreurs sur un déficit d’information. Elle est là désormais, il suffit de s’en servir.


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