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Idées
Valeur travail ou clientélisme ?
Par Pascale Delhaye, Observatoire des inégalités
Depuis début janvier 2004, les nouvelles armes de la politique de l’emploi du gouvernement sont opérationnelles. Réussiront-elles à redonner aux Français le goût du travail qu’ils auraient paraît-il perdu ? Les modalités du dispositif peuvent laisser sceptique. On nous parle de la dignité, de l’épanouissement et de la reconnaissance de soi qu’apporte le travail, et que met-on en avant ? Le revenu minimum d’activité (RMA), un contrat précaire, à temps partiel et payé au SMIC. Voilà qui ne risque pas de diminuer la méfiance des salariés ! Car c’est plutôt de méfiance dont il faut parler, et non de refus du travail. Qui peut bien soutenir en toute honnêteté que les Français refusent de travailler, à l’heure où les entreprises licencient, où la liste de plans sociaux s’allonge, et où quatre millions de demandeurs d’emplois n’attendent que d’en retrouver un ?
Par contre, et c’est peut-être cela qui suscite tant de nostalgie et de volonté de revalorisation de la « valeur travail », il vrai qu’il est loin le temps où les salariés se dévouaient corps et âme à leur travail et leur entreprise. Désormais, les salariés, et particulièrement les plus jeunes, connaissent le chômage, la précarité et l’insécurité de l’emploi. Ils ne sont pas prêts à investir plus de considération envers leur employeur que celui-ci n’en a pour eux et ne sont pas dupes des discours moralisateurs qui leur parlent de « mérite » et d’ « effort ». En quoi ont-ils démérité, ces salariés qui après bien des années de travail, se retrouvent sur le carreau par la grâce d’un licenciement économique ? Ou par une transaction qui évitera toute poursuite aux prud’hommes à ces employeurs soucieux de baisser la moyenne d’âge de leur salariat, et en corollaire, leur masse salariale ?
Comment mettre en avant le goût du travail quand celui-ci n’est plus une référence de l’enrichissement ? Pourquoi les salariés valoriseraient-ils le travail, alors que celui-ci n’est pas récompensé ? Parler de valorisation des revenus du travail par rapport aux revenus de "l’assistance" (en fait la protection sociale pour laquelle les salariés cotisent) en baissant le barème de l’impôt sur le revenu, comme c’est le cas depuis plusieurs années, contient une bonne dose d’hypocrisie. Ceux qui bénéficient de ces mesures sont les plus aisés, qui paient le plus d’impôts, qui bénéficient déjà bien souvent des meilleures augmentations de salaires, et non ceux qui ont les plus faibles salaires, et dont le pouvoir d’achat stagne ou diminue. La valorisation du travail dont on nous parle alors a alors un nom : le clientélisme.
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