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Idées
Pourquoi accepte-t-on les inégalités ?
Par Louis Maurin, Observatoire des inégalités

En pratique, personne ne revendique l’égalité. Personne n’ose réclamer l’égalité des niveaux de vie, d’éducation, de loisirs, etc. « L’égalitarisme », montré du doigt par certains, est destiné à servir d’épouvantail : en agitant la crainte du « nivellement » on justifie encore plus d’inégalités. Nos sociétés ne recherchent pas l’égalité tout court, mais bien l’égalité « juste » (que certains appellent « des chances ») et ne combattent pas l’inégalité, mais l’inégalité « injuste ».

Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas dans une société d’abondance où l’on peut totalement se passer de travail, et où ce travail reste très majoritairement une contrainte. Les ressources demeurent limités et il faut bien les répartir. En attendant d’atteindre l’abondance (ou un autre principe d’organisation), nos sociétés admettent les inégalités et qu’il est « juste » de partager la richesse en fonction des « efforts », du « travail » ou du « mérite ». Si ce n’était pas le cas, il y aurait des grandes chances pour que l’on se heurte au problème de la production de ces richesses, chacun ayant intérêt à laisser l’autre travailler à sa place.

Mais des notions qui paraissent aller de soi comme le mérite sont bien plus complexes qu’il n’y paraît, tant il est difficile de mesurer la part de l’individu et celle de la société dans les actions de chacun (voir "Qu’est-ce que l’équité ?). Au passage, la question de « qui » décide de ce qui constitue le mérite (dans l’entreprise par exemple) et de la façon dont on partage est centrale pour comprendre comment fonctionnent nos sociétés.

A partir de là, le débat sur l’égalité est infini : celui qui estime que les inégalités ne mesurent que des efforts personnels et que le partage est fait de façon équitable n’est pas choqué des écarts qui existent. Au fond, le jugement porté sur leur niveau ne peut qu’être établi à partir de principes moraux, qui font qu’il paraît « injuste » à tous (ou presque) qu’un grand patron touche en un an ce qu’un smicard reçoit en plusieurs siècles. Reste qu’à partir d’un certain point, ces inégalités contribuent à détruire le lien social lui-même et à saper les bases de la société, ce qui, de la même façon que l’égalitarisme, fini par se répercuter sur la production de la richesse.


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Telle que la pratique Laurent Mucchielli, historien et sociologue, chargé de recherches au CNRS et directeur du CESDIP, l’analyse sociologique de la criminalité et de la délinquance ouvre un angle de réflexion tout à fait essentiel sur les inégalités sociales.
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