Retour au sommaire
Idées
L’égalité, ennemie de la différence ?
Par Lucile Mons

Les différentes façons de penser la démocratie s’accordent sur la nécessité de concilier les exigences d’égalité et de liberté.

Pourtant, lorsqu’un projet politique tente effectivement de réaliser la valeur d’égalité, on lui reproche d’être un danger pour la liberté des individus. Les arguments sont multiples, mais l’un des plus récurrents n’est pas le moins surprenant : si nous devenions tous vraiment égaux, affirme-t-on, nous serions tous identiques. Nous n’aurions pas la liberté de nous distinguer, d’être autonomes dans l’affirmation de notre individualité, d’être en somme des personnes uniques. Pour "résoudre" le problème, on dira alors qu’il faut tendre à l’égalité mais ne pas la réaliser. Evidemment, l’identité de tous n’est pas possible et l’uniformisation n’est pas souhaitable.

Mais pourquoi l’égalité serait-elle synonyme d’uniformisation ? Si on le craint, c’est que l’on confond souvent égalité et identité. Lorsque je pose la question de l’identité d’une personne, je pose la question de ses propriétés, je me demande quelles sont les propriétés qui définissent cette personne et lui permettent de se définir. Et si je dis qu’une personne est identique à une autre, je veux dire qu’elles possèdent les mêmes propriétés (puisqu’il n’est pas possible que deux personnes soient totalement identiques, on emploie l’identité sous un certain point de vue : par exemple, deux personnes ont une capacité identique à faire du ski.)

La question de l’égalité est différente : elle soulève un problème de proportion et de mesure. "2 + 2" et "3 + 1" ne sont pas identiques et pourtant ils sont égaux. On peut dire en quelque sorte qu’être égal à quelqu’un d’autre, c’est peser le même poids dans la balance de la société. Or on voit bien qu’un kilo de farine et un kilo de sucre restent distincts et ne sont pas identiques, malgré leur égalité.

L’égalité des membres de la société ne consiste pas en ce qu’ils aient les mêmes goûts, les mêmes caractéristiques, ni en ce qu’ils fassent les mêmes actions et possèdent les mêmes choses. Leur égalité consiste en ce qu’ils aient les mêmes chances de parvenir à une fin qu’ils définissent librement. A la base, c’est surtout avoir la même liberté de choix.

Il faut donc se méfier de l’argument qui consiste à limiter l’effort d’égalité pour protéger la liberté, car il repose parfois sur la confusion entre égalité et identité.


Les autres textes :
L’opinion et la perception des inégalités
Points de vue
Lexique des inégalités
Figures des inégalités
Par Louis Maurin, Observatoire des inégalités
Par Patrick Savidan, Paris IV et Observatoire des inégalités
Par Camille Dorival, Alternatives économiques
Par Louis Maurin, Alternatives économiques et Observatoire des inégalités
Par Patrick Savidan, Paris IV et Observatoire des inégalités
La loi Sarkozy pour la "maîtrise de l’immigration" entre en vigueur. Parce qu’elle ignore, selon Patrick Savidan (Paris IV et rédacteur en chef de la revue Raison publique), le problème des inégalités, cette politique de l’inhospitalité se présente aussi comme une politique de l’injustice sociale.
Par Laurent Mucchielli (CNRS/ CESDIP)
Telle que la pratique Laurent Mucchielli, historien et sociologue, chargé de recherches au CNRS et directeur du CESDIP, l’analyse sociologique de la criminalité et de la délinquance ouvre un angle de réflexion tout à fait essentiel sur les inégalités sociales.
Réduire les inégalités
Par Jean-Paul Fitoussi (Sciences-po, Paris)
Contre le discours dominant selon lequel il faudrait réduire la solidarité pour relancer l’emploi, Jean-Paul Fitoussi, auteur de La démocratie et le marché (Grasset, 2004) suggère de restaurer l’ordre des raisons, soit : agir pour réduire le chômage ... pas la solidarité.
Entretiens
Des articles pour aller plus loin