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Idées
Hervé Gaymard, le mal logement et la démocratie
Par Louis Maurin, Observatoire des inégalités

L’affaire est close. Après la révélation par le Canard Enchaîné, le ministre de l’Economie Hervé Gaymard va déménager de l’appartement de 600 m2 qu’il occupait avec sa femme et ses huit enfants aux frais de la collectivité, pour un montant mensuel de 14 000 euros. Cette histoire ne laissera pas beaucoup de traces, mais pourtant, elle en dit long sur les inégalités et l’état de notre démocratie.

Une nouvelle fois, le faible niveau de responsabilité des élites apparaît. « Même si tout cela est légal, je comprends qu’on puisse critiquer ce choix. Mais cela ne doit pas aller au-delà. », a expliqué le ministre. Trois erreurs de caisse de quelques centimes, et une jeune caissière a de bonnes chances d’être licenciée. En revanche occasionner quelques centaines de milliers d’euros de frais à la collectivité ne coûte rien d’autre qu’un déménagement (voir aussi notre article "responsabilité").

Les raisons invoquées par Hervé Gaymard pour sa défense, « ne pas avoir le temps » de s’occuper de ses affaires, travaillant 120 heures par semaine, sont doublement graves. Tout d’abord, soit le ministre de l’économie ment et surestime son temps de travail, soit ce ministre de 44 ans ne consacre plus une minute à sa famille, sa femme et ses huit enfants (sauf s’ils sont inclus dans le « travail »), ce qui est encore plus grave pour sa santé. Ces 120 heures équivalent à 17 heures de travail par jour en travaillant chaque jour, dimanches compris. En même temps, il semble très dommageable qu’un ministre chargé des cordons de la bourse du pays ne soit pas capable d’évaluer la taille de son appartement et n’en connaisse pas le loyer.

A-delà de la personne d’un ministre, cette histoire de logement illustre le regrettable décalage entre une grande partie des élus nationaux et le quotidien de la société française. « Je comprends l’émotion de l’opinion. Vous savez, je suis d’origine modeste. En Savoie, où je suis élu, je suis connu pour ma simplicité. Il se trouve que j’ai dû trouver un logement pour moi et ma famille nombreuse en arrivant à Bercy il y a un peu plus de deux mois », a indiqué le ministre. Il n’est effectivement pas dans le style « m’as tu vu ? » et n’était pas destiné par naissance à devenir ministre des finances contrairement à un certain nombre de ses prédécesseurs, ses parents tenant un magasin de chaussures à Moutier en Savoie. Malheureusement, Hervé Gaymard ne fait plus souvent ses courses au supermarché. Il ne s’est tout simplement pas rendu compte qu’il emménageait dans un logement dont la surface par personne (66m2) est 6,6 fois supérieure à la moyenne française. Quant au loyer payé par la collectivité, il équivaut à environ 30 fois les loyers moyens du secteur privé et 46 fois à ceux du secteur social... Il est juste que la République loge les personnages les plus importants de l’Etat dans des conditions exceptionnelles, en partie d’ailleurs parce que ces appartements ont aussi un usage professionnel qui se mélange à la vie privée (réceptions, réunions informelles, etc.). Mais de là à atteindre 600 m2...

Les conséquences d’une telle situation sont plus préoccupantes que la façon dont la majeure partie des médias ont traité l’information. L’événement intervient au moment même où le ministre déclare vouloir se préoccuper des difficultés des classes moyennes et notamment, élément central, des problèmes de logement. C’était d’ailleurs l’un des points-clés de la conférence de presse de Hervé Gaymard du 8 février 2005 (intitulée « emploi, confiance, croissance au service des Français », dont nous reproduisons la partie consacrée au logement ci-dessous), et qui n’était pas le moins intéressant. Dans la pratique, qui imagine désormais le ministre expliquer : « Les difficultés à se loger, notamment lorsque l’on veut louer des appartements dans les grandes villes sont préoccupantes »... ? Si sous la plume du ministère cette phrase porte désormais à sourire, pour de nombreuses familles elle reste vraie, mais le ministre de l’Economie a contribué, même modestement, à les écarter un peu plus de la politique...

Extrait du dossier de presse du ministre de l’économie réalisé à l’occasion de la conférence de presse du 8 février 2005.

« Aide au logement locatif

La dépense logement ponctionne le pouvoir d’achat des ménages

Les difficultés à se loger, notamment lorsque l’on veut louer des appartements dans les grandes villes sont préoccupantes. La dépense logement est généralement la plus importante dépense des ménages : elle représente depuis quelques années autour de 27% de leurs dépenses totales, et plus de 30% pour les ménages les moins favorisés. L’offre est rare et les conditions de ressources/garanties exigées par les bailleurs souvent très élevées.

Certains propriétaires hésitent à louer car ils craignent que les loyers ne soient pas payés et de devoir s’engager dans une longue et difficile procédure d’expulsion locative. Il faut sécuriser les bailleurs afin qu’ils remettent sur le marché de la location les logements actuellement vacants ou qu’ils exigent moins de garanties : aujourd’hui beaucoup de propriétaires réclament une caution et un salaire égal à quatre fois le loyer mensuel.

Enfin, depuis 1990, l’Indice du Coût de la Construction (ICC) sur lequel est indexé la révision annuelle des loyers, connaît une évolution en moyenne équivalente à celle des prix à la consommation mais avec de très fortes variations annuelles. De plus, depuis 2001, cet indicateur est en très forte croissance (entre + 2,12 % et + 4,76%) du fait la « surchauffe » dans le secteur de la construction. Ainsi, au troisième trimestre 2004, dernier indice annuel connu, il s’établit à + 4,58 %.

Une assurance « impayés »

Le Ministre a proposé au Ministre du Logement d’engager une concertation avec les assurances pour qu’elles proposent une extension facultative « impayés » à l’assurance habitation souscrite par les locataires. La prime pourrait faire, par exemple, l’objet d’un malus en cas d’impayés mais l’assurance garantirait aux propriétaires la prise en charge du recouvrement des impayés.

Revoir l’indexation des loyers sur l’indice du coût de la construction Considérant que l’indexation de la révision des loyers sur cet indicateur n’a qu’une justification partielle et conduit désormais à un trop fort renchérissement du prix des loyers, le Ministre a proposé au Ministre du Logement de travailler, en liaison avec les associations de propriétaires et de locataires, à trouver un autre indicateur pertinent. Cet indice devra être plus stable et mieux refléter la valeur et le coût de maintenance des logements déjà existants. Ce travail devra aboutir avant l’été de sorte à ce que des propositions soient faites pour le PLF 2006. »


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